Jardins monastiques et herboristerie : la sagesse des plantes médicinales
L’héritage vert des monastères
Depuis le haut Moyen Âge, les monastères européens entretiennent des jardins consacrés à la culture de plantes médicinales, aromatiques et alimentaires. Cette tradition, codifiée dès le IXe siècle dans le plan de l’abbaye de Saint-Gall, constitue l’un des fondements de la pharmacopée occidentale.
Le plan de Saint-Gall : premier guide de jardinage médicinal
Rédigé vers 820, le plan de Saint-Gall décrit minutieusement l’organisation idéale d’un monastère bénédictin. Le jardin des simples (hortus) y occupe une place centrale, à proximité de l’infirmerie. Ce plan liste 16 plantes médicinales jugées indispensables, parmi lesquelles la sauge, la rue, le romarin et la menthe.
Les trois jardins du monastère
- L’hortus — Jardin des simples, dédié aux plantes médicinales
- L’herbularius — Jardin des herbes aromatiques et condimentaires
- Le pomarium — Verger et jardin des arbres fruitiers
Hildegarde de Bingen, pionnière de la phytothérapie
Au XIIe siècle, Hildegarde de Bingen, abbesse bénédictine et docteur de l’Église, rédige plusieurs traités sur les vertus curatives des plantes. Son ouvrage Physica recense les propriétés de plus de 200 plantes et reste une référence pour les herboristes contemporains.
Parmi ses recommandations les plus connues :
- L’épeautre comme base d’une alimentation saine
- La lavande pour calmer les maux de tête et favoriser le sommeil
- Le fenouil pour améliorer la digestion
- L’ortie comme tonique général et dépuratif
À noter : L’abbaye de Bingen-am-Rhein en Allemagne entretient toujours un jardin d’inspiration hildegardienne, ouvert aux visiteurs d’avril à octobre.
Les plantes incontournables du jardin monastique
Certaines plantes reviennent systématiquement dans les jardins monastiques à travers l’Europe :
La sauge (Salvia officinalis)
Son nom vient du latin salvare (sauver). Les moines la considéraient comme la plante miracle par excellence. Antiseptique et anti-inflammatoire, elle est utilisée en tisane contre les maux de gorge et les troubles digestifs.
La mélisse (Melissa officinalis)
Les Carmélites de l’abbaye de Saint-Joseph à Paris ont rendu célèbre l’eau de mélisse des Carmes, produite depuis 1611. Cette préparation à base de mélisse, de coriandre et de cannelle soulage les troubles nerveux et digestifs.
Le millepertuis (Hypericum perforatum)
Surnommé « herbe de la Saint-Jean » car il fleurit traditionnellement autour du 24 juin, le millepertuis est utilisé depuis l’Antiquité pour ses propriétés antidépressives. Les moines le récoltaient le jour de la Saint-Jean-Baptiste pour préparer une huile rouge cicatrisante.
Les jardins monastiques aujourd’hui
Plusieurs abbayes en activité maintiennent vivante cette tradition horticole. L’abbaye de Sénanque en Provence cultive la lavande sur ses terres depuis le XIIe siècle. L’abbaye de Fontenay en Bourgogne a reconstitué son jardin médicinal d’après les documents médiévaux.
Des jardins d’inspiration monastique voient aussi le jour dans des contextes laïques. Les jardins partagés urbains redécouvrent les bienfaits de la culture de plantes médicinales et les vertus thérapeutiques du jardinage lui-même.
Conclusion
Les jardins monastiques rappellent que la connaissance des plantes médicinales est un patrimoine collectif forgé au fil des siècles. Leur redécouverte participe d’un mouvement plus large de reconnexion avec la nature et les savoirs traditionnels qui mérite toute notre attention.